Neuchâtel – Lausanne avec mon frère. Petit arrêt dans la ville olympique puis jusqu’à Villeneuve. La suite et la fin de ma route se fait avec des amis et famille jusqu’à Monthey. Pierre-Yves et Jean-Paul, enseignants au CO de Vouvry, ma soeur, Steph, son fils, Dorian et son ami, Pierre, Gaël, mon frère avec un collègue que je connais aussi, Paulo, Aristea, rencontrée mon premier jour de route, entre Sion et Sierre, Thierry et François, amis et collègues, mon oncle aussi, Fritz qui est venu à vélo depuis Monthey. Je laisse mon vélo à qui veut bien l’essayer. Nous pédalons joyeusement jusqu’à Monthey, avec des haltes pour voir la fille de mon frère et sa femme Chloé et Claire, Croiser Gaëtan, Noémie et Robin, et – accessoirement – changer mon pneu qui a littéralement éclaté à 6 kilomètres de ma maison. Les derniers kilomètres se font dans les rires et la joie. Joie pour moi de revoir tout le monde. De retrouver mes deux grand-mères à la maison. Joie et tristesse de me dire que je pose le vélo pour longtemps. L’apéro qui suit avec tout les cyclistes – et d’autres – me permet de revenir et réaliser doucement que je suis bien de retour en Valais. Jusqu’au prochain voyage en tout cas.
C’est assis sur la digue avec Jérôme, un ami biologiste et cyclo-nomade, que je me rends compte à quel point cette partie du lac de Neuchâtel est proprement intemporel. Assis sur la digue, en train d’oberver les oiseaux migrateurs, rien ne m’indique réellement que je suis en Suisse. Je suis simplement en train de faire ce que j’ai déjà fait en Roumanie, en Bulgarie, Turquie, etc… Observer. Assis sur cette digue à observer un Gorgebleu à miroir et une Marouette je me souviens avec nostalgie – déjà – de la Turquie. En voyant les roselières et le lac c’est le delta du Danube qui me vient à l’esprit. Assis sur cette digue je fais, d’une certaine manière, le deuil du voyage. Il est terminé.. Il me faut revenir en Suisse. Et Barbara, chez qui je loge les deux soirs qui viennent, me surprend en invitant les amis de biologie de Neuchâtel. Petite soirée entre amis après treize mois de route. Le retour se fait à petite dose.Cette soirée autant que le Fanel y contribuent grandement.
Une nuit de voyage. Une seule nuit. Une nuit de voyage pour avaler la route faite en treize mois. Une nuit de vol pour passer sur une année de contacts chaleureux, de rencontre heureuses et malheureuses. Trop rapide. C’est dans l’avion que le but et les raisons d’un tel voyage à vélo sautent aux yeux. L’avion est ennuyeux. Fatiguant. J’ai tout juste le temps de trouver un kilo de baklavas à Istanbul avant de sauter dans l’avion suivant. Huit heures de vol. Assis. Relativement confortablement. Sans être certain de retrouver tout mes bagages à Zurich – j’ai appris à me méfier du traitement d’un vélo et de sacoches de vélos dans un avion. A deux heures du matin à Bishkek, l’enregistrement c’est fait sans trop de problèmes. Entre mon vélo et mes quarante-cinq kilos de bagages, j’ai eu à payer seulement le vélo. Parti à 3h du matin donc, j’atterris à Zurich à 10h. Huit heures de vol avant d’être accueillis par la sécurité Zurichoise. Les passeports sont contrôlés à la sortie de l’avion. Des fois qu’un méchant immigrant ose entrer en Suisse sans visa. Bienvenue en Suisse. Terre d’accueil et d’asile. Cette vision me fait marmonner dans la barbe un long moment. Je suis accueillis par mon oncle et ma tante pour une journée. Je retrouve des amis en ville de Zurich. Bois des bières avec Julien sur une terrasse d’un bistrot. La youtze sort de la porte. Hurle plutôt. Voilà à peine une demi journée que je suis de retour en Suisse et j’ai déjà droit aux culottes de cuires et yoddles. Je me sens perdu dans les rues de Zurich. Peine à retrouver mes repères. C’est en roulant à travers l’Oberland zurichois jusqu’à Lucerne que je remets doucement les pieds sur terre. Puis Berne, chez Christel puis chez Anne. Je profite même d’être en ville au bon moment pour aller écouter la présentation de thèse d’un amis. Recroise mon prof de diplôme et d’autres collègues.
C’est plutôt un carrefour de cyclistes. Voyageurs au long cours ou juste petit tour de deux ou trois semaines entre des mois de travail, peu importe. Nous nous arrêtons tous si les rencontres se font sur la route et discutons. Bien souvent une bonne demi-heure. Où chacun va, d’où chacun arrive. Chacun se racontant son histoire. Je travaillais en Chine, en Thaïlande, et ai décidé de rentrer à vélo. Je pars une année à vélo, je ne sais trop où je finirai. J’arrive d’Afrique, je rentre en France maintenant. Nous visons l’Australie. Je vais voir des amis en Nouuvelle-Zélande. Nous allons jusqu’en Espagne, etc… Tout est possible. La seul limite dans un tel voyage étant son imagination et des finances pour le permettre. En bon carrefour qui se respecte, l’Asie centrale est aussi faite pour re-rencontrer d’autres voyageurs. De ceux que j’ai vu en Iran. Des français voyageant sac au dos que je croise à Dushanbe, Osh et Bishkek, un couple de cycliste hollandais – Remco et Petra – rencontrés à Mashad en iran me dépasse dans leur Jeep peu après Dushanbe et sont déjà à la guesthouse de Bishkek lorsque j’y débarque. Pascal aussi, jeune haut-valaisan en route pour les Himalayas et avec qui nous avons un amis en commun. Nous finirons pas boire une bouteille de vodka sur le trottoir en compagnie de Louis et Damian, deux autres suisses, pour fêter mon année de voyage. Piotr, à qui je prète des outils pour réparer son freewheel et que je vois débarquer à Bishkek le soir avant mon départ. Le contact avec d’autres voyageurs – les cyclo-nomades en particulier – me fait penser aux contacts dans les montagnes de Suisse. Lorsque je la parcourait avec les OJ du club alpin. Point de vous en montagne. Le tu a toujours été de rigueur. Il y a une fraternité sur les glaciers. Il est de même sur la selle, partout dans le monde. Vous croisez d’autres cyclistes plusieurs fois? Les contacts resteront. Durablement.
Bishkek, capitale du Kirghisztan, ou Kirghizie, ou Kirghistan. Je n’ai pas pu trouver d’orthographe convaincant – ou cohérent – pour ce pays. Ex république soviétique. On retrouve sans peine l’architecture type en parcourant la ville à la recherche d’un lit. Masse de bétons. Gris. Sans fioriture ni annexe qui en dépassent. C’est aussi dans bishkek que je trouve des statues à la gloire des oldats soviétiques. Je ne m’y ferait jamais. Autant Dushanbe était une ville faite de théatres, autant Bishkek est une ville de parcs et de verdure. Je voi des places vertes, avec statues – bien sur – et des bancs partout dans la ville. De l’ombre presque partout. Rendant les chaleurs estivales presque agréables. Bishkek est aussi ma dernière étape de ce voyage. Je reprends l’avion depuis ici. Direction Istanbul puis Zurich. Je profite de mon temps dans cette ville. Me repose et ne fais rien d’autre. Il faut aussi dire que je suis parti de Osh il y a huit jours et que j’ai roulé sans interruption. Je me repose donc. Je fête mon dernier jour de route par un restaurant chinois. Une des rares fois où je sors de table rassasié. Rare pour un cyclo-nomade. Je mange aussi beaucoup à Bishkek. Récupère des calories perdues. Ainsi est le temps du cyclo-nomade débarquant dans une ville. Dormir, manger, récupérer de sa fatigue. Les visites viennent seulement ensuite. Voyager c’est apprendre à ne pas vouloir tout voir. C’est apprendre à profiter de son temps.
C’est les pieds dans la neige que je passe mes derniers cols. Bas ceux-ci. Seulement 3200 m. On change son échelle dans un tel voyage. Le col est bas. Oui. Les bergers le parcourent avec leurs troupeau. Les poids-lourds continuent de passer malgré la neige aux alentours. Les cols ont té recouverts alors que je longeait le canyon. Une journée de mauvais temps. Neige à 3000m. Cette neige a sonné comme une alarme chez les nomades et tous replient leur campement. Je longe des yourtes à différents niveaux de démontage. Jusqu’au camion chargé ras bord avec toute la famille. Les hommes et jeune garçons descendent les troupeaux – j’ai vu une bergère, une seule. Je profite du premier col de ce bout de route entre Osh et Bishkek pour faire le plein d’eau. Fraîche. Je ne vois que neige au loin. Pas de troupeau. Pas de risque à remplir mes bouteilles. Je profite pour aller toucher cette première neige. Me prendre en photo, pied nus dans les sandales et dans l neige. Juste pour le fun. En m’amusant je ne peux m’empêcher de me dire qu’il est temps de laisser les montagnes. Bientôt la météo kirghize sera mauvaise pour le cycliste. Glaciale. Neige. Vent. Les nomades l’ont bien compris. Eux quittent le confort de la yourte estivale pour habiter du dur tout l’hiver. C’est les pieds dans la neige que je met réellement un terme à ce voyage. C’est les pieds dans la neige que je peux commencer à rentrer en Suisse. Par la pensée du moins.
Ainsi n’est pas la règle du cycliste. Surtout ne pas suivre de ligne droite pour relier deux villes. J’ai toujours fais de nombreux détours et zigzags durant ce voyage. Me plaisant à – enfin – prendre mon temps. N’hésitant pas, sauf si mon visa ne me le permet pas, à faire quelques kilomètres supplémentaire. De fait. Pour une route similaire, j’ai souvent plus de kilomètres que d’autres cyclonomades en route depuis le nord de l’Europe. Angleterre, Hollande. Peu importe finalement. Un voyage ne peut se résume à des chiffres. Loin de là. Mes 9′000 kilomètres de route vont bien plus loin. Ce sont des rencontres et des moments inoubliables – heureux autant que moins heureux d’ailleurs. Ce sont des routes passant de l’air raréfié des Pamirs l’atmosphère polluée et irritante des capitales. Ces 9′000 kilomètres m’ont surtout permis de voir que les routes aussi respectent plus ou moins cet axiome. Des routes suisses et italiennes, européennes – aux pentes presque douces – aux routes tadjik ou kirghize dont la pente aucune ne reste en droite ligne. Toutes sinuent joyeusement entre montagnes ou au fond de gorges profondes. Le long de vallées verdoyantes. Lacent lur virages pour gravir les cols. Avec plus ou moins de pente. Voyager à vélo, finalement, c’est apprendre que la ligne droite, le chemin le plus court et le plus rapide n’est – de lion – pas la meilleure route à prendre. Il y a tant à voir hors des sentiers battus.
Tous en ligne. Tous sur la route. Je pédale dans les montagnes du Kirghistan en pleine transhumance. J’y suis à mi-septembre et j’échappe tout juste à la neige sur ma route. Pas le bétail. Ils descendent alors que je gravis mes cols. Occupant allègrement toute la route. Sans prévenir. Sans affiche. Tous descendent à pied. Sur 8 jours de route à travers les montagnes, je n’ai vu aucune bétaillère. Les bergers – et bergère – sont sur leur chevaux. Avec leur équipement. Ils descendent les troupeaux. 3 à 4 jours de route. Tout au plus. Moutons. Vaches. Chevaux. Quelques ânes et chèvres entre deux. Ils restent groupés. En général les chevaux devant, les moutons ensuite et les vaches en derniers. Bergers et chiens s’occupant des trainards. Il est intéressant de rouler pendant les transhumances. C’est là que je me rends compte que – finalement – je n’ai rien à craindre des véhicules kirghizes. Malgré les folles vitesses des 4×4. Les chauffeurs du pays sont habitués à avoir ânes, poules, moutons et vaches au milieu de la route – je repense à ces vaches couchées sur la route avant d’arriver à Osh. Alors éviter un cycliste qui zigzague dans les cols ne leur pose pas plus de problèmes que de se faire une trouée à coups de klaxons dans un troupeau de mouton.
Faucille, marteau, étoile rouge et statues de Lénine encore entière. Statue des martyrs et monuments aux morts de la révolution. Bétonnage soigneux et organisé. Depuis le Tadjikistan, si par hasard j’avais eu un doute, il me suffit de lever les yeux pour tomber sur les masses grises. Trouver des t-shirt ou même des caleçons CCCP dans les bazars. Un restaurant affiche l’étoile rouge et le portrait de Lénine. Surprenant. Plus encore dans les Pamirs ou au Kirghizstan lorsque je tombe sur les images vieillies des soldats soviétiques. Membres des familles ayant servi dans l’armée rouge. Je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi. Pourquoi diable ce système si détesté de plusieurs des ex-républiques n’a pas eu le même traitement dans ces régions lointaines. J’apprends que l’Asie centrale était choyée des soviétiques. Elle formait les frontières extérieurs de plusieurs voisins quelque peu retors ou potentiellement envahissants. La Chine, l’Afghanistan. Les produits de première nécessité n’ont pas fait défaut dans ces pays. Les russes ont toujours pris soin de fournir le nécessaire. Paliant ainsi aux faiblesses des terres montagneuses. Passer dans ces régions me rappelle aussi la catastrophe de la mer d’Aral. Je longe des plantations de coton ouzbèque sur quelques kilomètres. Vois une ou deux affiches vantant la bonne (sur)exploitation des terres et le mérite agricole gagné durant les temps des kolkhozes et des plans quinquennaux. Je vois tout le réseau de canalisation bordant la route et repense à l’aberration de plantations si gourmande en eau dans des pays si pauvre en élément liquide et si riche en chaleur. Les russes avaient décidé de faire du coton, ainsi en est-il toujours.
Surprise en passant la frontière tadjik. Où diable est le poste frontière kirghize. Où diable aurais-je mon tampon d’entrée. La frontière Tadjik est sur un col situé à 4200 mètres. Les cabanons, des containers en fait, équipés de panneaux solaires sont sobres. Des lits, une théière, une pastèque, la télé et le lecteur DVD pour passer le temps. Trois personnes. Deux douanier tadjiks et le soldat russe de rigueur. Le russe regarde toutes les photos sur mon boîtier et les tadjiks fouillent mes bagages. La première vrai fouille de tout le voyage. Ils apprécient tout particulièrement ma sacoche photo. Jumelles, objectifs, XPAN, disque dur, les sandisks et les provias. Nous rions de mon matériel et je remballe le tout pour gravir les derniers mètres du col. Derrière moi les soldats s’amusent à tirer dans le no Man’s Land. La kalach claque dans mon dos à mesure que je m’approche des monuments marquant la frontière. Le désoeuvrement tadjik résonne encore longtemps. Passer la frontière me fait débarquer dans une vallée verte. Quel contraste avec l’austérité tadjik. Des pâturages. Partout. Des fermes où l’on me propose de m’arrêter pour dormir, manger ou boire un thé. Non. Je ne préfère pas. Pas tant que je n’ai pas de tampon kirghize dans mon passeport. Je devrai pédaler 20 km avant de trouver le poste frontière. A l’entrée de la vallée menant dans les Pamirs. Je me dis que les Kirghizes ne sont pas fou. Ils s’installent un bon kilomètre sous le col. Au chaud. Au milieu des prairies. La route est verrouillée et seul les yaks passent allègrement d’un côté à l’autre de la frontière. Enfin j’ai mon tampon. Je peux m’arrêter quand je veux. Au milieu de cette verdure. Elle est déconcertante. Toujours pas d’arbre. Non. Mais tout est vert. Ou est donc passée ce gris minéral et brutal. Il n’apparaitra même pas sur les cols me restant à gravir pour relier Osh, deuxième ville du pays.